Vignes sur les hauteurs : les nouveaux horizons du Bordelais d'altitude

Le guide des domaines de Bordeaux

Comprendre la notion de terroirs d’altitude à Bordeaux

Dans l’imaginaire collectif, Bordeaux évoque plus souvent les graves, les plateaux calcaires, ou les croupes de la rive gauche que de véritables paysages d’altitude. Pourtant, à l’échelle de la région, certains points hauts émergent, dessinant des terroirs singuliers là où la vigne tutoie modestement les nuages. À Bordeaux, l’altitude s’échelonne entre 40 et 130 mètres. Ce qui, même modeste, façonne déjà des microclimats aux conséquences notables sur le profil des vins.

Ces reliefs, loin d’être anodins, rendent hommage au mot terroir – ce subtil entremêlement de la géologie, du climat, de l’exposition… et de l’altitude qui, même relative, marque la fraîcheur, la structure et les arômes. À l’heure où le changement climatique incite à rechercher l’équilibre, la pente et la hauteur redeviennent objets de convoitise.

Pourquoi l’altitude séduit Bordeaux en 2024

Si la quête de l’altitude n’est pas nouvelle – la vigne choisit les coteaux autant qu’elle les façonne – deux dynamiques récentes convergent :

Dans cette perspective, les vignerons se tournent à nouveau vers les secteurs en hauteur là où, il y a 70 ans, la mécanisation les avait délaissés au profit des plaines plus faciles à travailler. Le cycle s’inverse, et l’altitude redevient un précieux atout.

Focus sur les secteurs d’altitude remarquables : de la carte à la réalité

Le plateau calcaire de Saint-Émilion : une mosaïque en relief

Rien, à première vue, n'impressionne autant qu’une promenade à vélo sur le plateau de Saint-Émilion. Ici, l’altimètre virevolte entre 70 et 105 mètres, révélant des combes fraîches et des promontoires arides. Ce substrat de calcaire à astéries façonne certains des plus grands châteaux de la région :

Ici, le cycle de maturation se bloque quelques jours plus tard, ce qui donne des vins moins généreux en alcool que sur les sables ou les argiles de la plaine. Comme le note le Master of Wine Tim Atkin, « la magie du plateau se mesure à cette sensation d’équilibre, alliance complexe de la pierre et du vent » (source : Decanter).

Castillon – Côtes de Bordeaux : le balcon oublié

Ce terroir, longtemps vu comme la « petite sœur » de Saint-Émilion, prend sa revanche. Jusqu’à 110 mètres sur les hauteurs de Belvès ou de Sainte-Colombe, on découvre des domaines innovants :

Selon le site Terre de Vins, les domaines de Castillon affichent déjà 0,8% vol. d’alcool en moins que la moyenne bordelaise sur les cinq derniers millésimes.

Entre-deux-Mers et Francs : la renaissance discrète

Sur ces collines vouées historiquement au blanc, les altitudes oscillent entre 90 et 120 mètres (le point culminant du vignoble bordelais se situe près de Pellegrue, à 136 m). Ce n’est pas un hasard si le renouveau des blancs de Bordeaux s’écrit ici :

Dans les Francs Côtes de Bordeaux, sur les hauteurs de Saint-Cibard, on rencontre des microclimats singuliers, où le cabernet franc prospère parfois bien mieux que sur les fonds de vallée, grâce à la brise et à l’amplitude thermique.

Blaye et Bourg : la Garonne vue d’en haut

Ces terroirs du nord Bordelais, surplombant l’estuaire, montent jusqu’à 65 mètres (Tauriac, Samonac…). Citons :

Quels styles de vins pour ces vignobles perchés ?

L’altitude, même modérée, imprime sa patte sur les vins issus de ces terroirs. Quelques tendances se dessinent :

Altitude et adaptation : défis, risques et futurs possibles

Malgré des atouts évidents, la vigne de coteaux suppose des défis :

Toutefois, la rareté de l’altitude dans le Bordelais suscite désormais un engouement : de plus en plus de jeunes vignerons – souvent en bio ou biodynamie – y voient la clef d’un Bordeaux d’avenir, plus « cool climate », apte à séduire de nouveaux amateurs lassés des excès solaires.

En 2024, la FGVB (Fédération des Grands Vins de Bordeaux) recense déjà une hausse de 25% des nouvelles plantations sur coteaux par rapport à 2010, principalement en Entre-deux-Mers et Castillon.

Entre renouvellement et identité : une géographie du goût en mouvement

Les terroirs d’altitude du Bordelais, longtemps relégués à l’ombre des crus des plaines, s’invitent aujourd’hui au premier plan grâce à leur aptitude à produire des vins tendus, fidèles à l’esprit bordelais tout en s’affranchissant de la surmaturité excessive. Leur force ? Un lien profond à la géographie, et le courage d’oser la pente quand d’autres restent dans la vallée.

Du plateau calcaire de Saint-Émilion aux collines de Castillon ou Francs, les vignerons réinventent un Bordeaux où altitude rime avec attitude : goût du risque, de l’expression vraie, du défi climatique relevé… Un mouvement de fond qui, lentement, redessine la carte du Bordelais vers le haut.

Sources : Decanter, Terre de Vins, Météo-France, Union des Grands Crus de Bordeaux, Fédération des Grands Vins de Bordeaux, Les Échos Vins.

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