Portraits de châteaux : Margaux, laboratoire du chai à énergie positive
Château Ferrière : l’un des tout premiers éco-chais d’envergure
Propriété de Claire Villars-Lurton, le Château Ferrière marque une rupture dans l’approche environnementale en Médoc. Dès la construction de son nouveau chai, livré en 2013, Ferrière adopte une démarche bioclimatique avant la lettre. Le bâtiment, signé Bernard Mazières, incarne la recherche de l’autonomie énergétique :
- Installation de panneaux photovoltaïques couvrant la quasi-totalité du toit, avec injection dans le réseau local en surplus.
- Cuves de vinification isolées par des matériaux naturels, réduisant les déperditions thermiques.
- Circuits fermés pour l’eau et récupération des eaux de pluie à destination du jardin d’aromates et de la propreté du chai.
- Utilisation de pompe à chaleur géothermique pour le chauffage l’hiver et la climatisation estivale du cuvier et des espaces techniques.
En 2023, Ferrière se targue de produire 20 % d’énergie en plus que ses besoins sur le site principal (source : site du Château Ferrière, Sud-Ouest). Un exemple pionnier, où la technique épouse la quête d’un vin féminin et racé, à l’image de Margaux.
Château Rauzan-Ségla : élégance, tradition et innovation solaire
Rauzan-Ségla, propriété du groupe Chanel, a emboîté le pas dans la discrétion, optant en 2020 pour la rénovation intégrale de son cuvier historique. Sous une charpente mêlant pin d’Aquitaine et aluminium recyclé, le château a déployé :
- Un système hybride, conciliant récupération de chaleur sur les groupes de froid et production de froid par panneaux solaires thermiques (consacré par la presse spécialisée ; cf. Terre de Vins, L’Écho du Vin).
- Des panneaux photovoltaïques couvrant 600 m², destinés à alimenter en totalité la production électrique du chai à certaines périodes de l’année.
- Un usage massif de matériaux éco-sourcés, en particulier pour l’isolation du bâti – laine de bois, liège et enduits terre crue.
La direction du domaine souligne régulièrement que le chai affiche un bilan énergétique positif sur une année, l’excédent étant réinjecté dans le domaine via un micro-réseau auto-consommé par les postes d’éclairage et la recharge du matériel électrique (cf. Mon Vigneron, rapport 2023).
Château Roylland – Vignerons Solidaires, la force du collectif
Le Château Roylland n’a pas le prestige d’un grand nom, mais sa démarche, fruit d’une société collective regroupant une dizaine de jeunes vignerons de Margaux, mérite d’être saluée. Les associés ont conçu en 2018 un chai compact, dont la toiture, orientée plein sud, est tapissée de 180 m² de panneaux solaires. Quelques innovations clés :
- Conception enterrée du cuvier, pour une inertie thermique naturelle limitant les écarts de température lors des vinifications estivales.
- Installation d’un système de batteries pour stocker et restituer l’énergie solaire durant la période des vendanges, la plus énergivore.
- Mur rideau isolant conçu en terre crue issue du site d’excavation.
Résultat : une électricité positive de près de 6 000 kWh produits annuellement, dont près de la moitié « prêtée » au réseau local sous forme d’échange énergétique. Une expérience portée par la mutualisation, qui inspire désormais d’autres collectifs dans le Médoc.