Portraits de domaines engagés : pionniers et nouveaux convertis
Voici quelques exemples emblématiques, loin d’être exhaustifs mais révélateurs de la diversité et de la profondeur de l’engagement à Pomerol :
Château La Fleur-Pétrus : subtilité, précision et respect du vivant
Propriété de la famille Moueix, ce domaine phare (18,7 ha entre Pomerol et Lalande-de-Pomerol) a entamé dès la fin des années 2000 une réflexion sur la réduction des traitements, multipliant semis d’engrais verts, couverts végétaux, essais d’infusions de plantes et mise en œuvre d’une traçabilité poussée. Depuis 2017, une dizaine d’hectares sont menés en agriculture biologique, avec pour projet d’étendre la démarche progressive à l’ensemble des parcelles jugées aptes. Les terroirs les plus « sablonneux-graveleux » (la signature du style floral, aérien) se prêtent davantage à la pratique, limitant la pression des maladies. La maison s’illustre aussi par un solide travail sur la biodiversité, multiplication de nichoirs et jachères, et innovation dans la gestion de l’eau (cf. rapport d’activités Ets. Jean-Pierre Moueix 2022).
Château Beauregard : la pionnière du bio à grande échelle
L’un des plus vastes vignobles de Pomerol (17,5 ha), mené par la famille Moulin et Vincent Priou, affiche fièrement le label bio depuis le millésime 2014 (certification Écocert). Dès 2009, la marche vers l’agriculture biologique s’est amorcée, après des essais prometteurs sur des parcelles pilotes. Aujourd’hui, le château agit comme un ambassadeur du bio régional : ateliers de sensibilisation, journées portes ouvertes, échanges techniques avec d’autres vignerons. L’eau et la biodiversité forment les deux axes majeurs de son engagement, avec un plan de gestion des ressources hydriques élaboré après la succession d’épisodes de sécheresse 2015/2016 (source : Sud Ouest, dossier spécial juillet 2022).
- Utilisation de 100% d’engrais organiques
- Travail intégral des sols à cheval sur plusieurs îlots
- Biodiversité : plus de 12 km de haies, 4 mares biodiversité créées depuis 2017
Château Gombaude-Guillot : la référence biodynamique de Pomerol
Isabelle et Olivier Techer, héritiers d’une lignée familiale installée aux abords du plateau, ont converti leurs 7,6 ha en bio dès la fin des années 1990, et obtenu la certification en 2000, bien avant que le mouvement ne gagne en ampleur à Pomerol (référence : guide Bettane+Desseauve 2023). Ils vont plus loin encore, travaillant en puriste de la biodynamie, enherbant, testant les tisanes, les cycles lunaires et préparations. Gombaude-Guillot est aussi connu pour son vin « Renaissance », élaboré sans sulfites ajoutés.
- Travail manuel exclusif sur toutes les parcelles
- Absence totale d’herbicides et de produits de synthèse, y compris en cas de forte pression des maladies (mildiou 2018/2020)
- Projet de clôture végétale et agroforesterie pilote en 2023
Château Clinet, Château Rouget, Château Gazin : la nouvelle vague HVE et conversions en chemin
Plusieurs « poids lourds » de Pomerol, réputés pour leur exigence qualitative, ont amorcé leur mutation vers le durable. Parmi eux :
- Château Clinet : récemment certifié HVE, conversion progressive d’un îlot en expérimentation bio depuis 2021 (source : La Revue du Vin de France)
- Château Rouget : piloté par Edouard Labruyère, approche agro-écologique inspirée de Guérin-Méneville, forte réduction du cuivre et expérimentation sur la réduction drastique de l’empreinte carbone (utilisation de chevaux, énergie solaire sur site technique, etc.)
- Château Gazin : travail raisonné et conversion HVE obtenue en 2019, couverture végétale quasi-constante, haies et friches entretenues pour renforcer la résilience des sols