Enherbement : retour sur les grandes pratiques selon les profils de sol
Les sols graveleux : entre maîtrise du stress hydrique et optimisation des ressources
Sur ces sols pauvres et filtrants, l’enherbement total est rarement préconisé. Les propriétés de la Grave sont telles qu’elles favorisent un drainage très efficace, exposant la vigne à des périodes de sécheresse marquée en été, en particulier sur les profondes graves du Haut-Médoc [source : CIVB].
- Enherbement alterné : Une rangée sur deux est maintenue enherbée avec des espèces peu concurrentes (fétuque, ray-grass), l’autre étant travaillée pour garantir un minimum de ressource en eau.
- Gestion par tonte fréquente : Cela évite le développement d’herbes à enracinement profond, limitant la concurrence hydrique en période sensible.
- Espèces utilisées : Certaines propriétés, comme Château Margaux, expérimentent des légumineuses pour enrichir en azote tout en maîtrisant la couverture selon les pluviométries attendues [source : Revue des Œnologues, 2022].
L’intérêt ? Renforcer la portance des sols, limiter l’érosion hivernale sur ces pentes légères, tout en favorisant la biodiversité des microfaunes. La gravelle, souvent malmenée par les épisodes pluvieux automnaux, y gagne en résilience, ce qui évite le compactage du sol en hiver.
Sols argileux et argilo-calcaires : l’art du compromis
Ici, la richesse du sol peut entraîner une vigueur excessive de la vigne. L’enherbement devient alors un outil destiné à modérer cette luxuriance, mais attention à l’ordre des priorités : trop d’herbe, et la concurrence pour l’eau devient pénalisante dans les années de sécheresse, notamment sur les fameuses argiles bleues de Saint-Émilion.
- Enherbement contrôlé : Plutôt qu’un enherbement permanent, les vignerons modulèrent la densité suivant les réserves hydriques du sol.
- Couverts temporaires : Des couverts semés à l’automne, détruits au printemps par roulage, préservent l’humidité et la structure du sol en hiver sans pénaliser la vigne à la reprise de la croissance.
- Légumineuses privilégiées : Vesce, trèfle, féverole, qui fixent l’azote sans imposer un couvert végétal trop dense.
Dans le vignoble de Pierre Fonseca à Montagne-Saint-Émilion, les essais d’enherbement alternent annuellement pour ajuster l’influence sur vigueur et maturité du raisin, une stratégie qui se traduit par une réduction de 30% de l’apport d’engrais azotés en dix ans [source : Terre de Vins, 2023].
Sols sableux et limoneux : préserver la fertilité, lutter contre la sécheresse
Souvent relégués aux rive du Bec d’Ambès ou aux zones moins prestigieuses d’Entre-deux-Mers, ces sols fragiles et pauvres imposent leur lot de défis : faible réserve hydrique, structure sensible à l’érosion, tendance à la compaction estivale.
- Enherbement total temporaire : Les périodes d’enherbement se concentrent de l’automne au printemps, puis le couvert est détruit pour éviter une concurrence hydrique en été.
- Espèces résistantes à la sécheresse : La luzerne, le lotier, le sainfoin, parfois associés à des graminées profondes, assurent la structuration et l’apport de matière organique.
- Limitation du tassement par le passage des machines : Sur substrats limoneux, l’enherbement favorise une meilleure portance du sol, clé pour préserver l’infiltration de l’eau et limiter le ruissellement [source : IFV, 2022].
Ce type de gestion révèle une double fonction de l’enherbement : amortir la « faim d’azote » naturelle des sols pauvres et sécuriser la structure devant les excès d’eau printaniers (lessivage). À noter que sur les terroirs limoneux de Sainte-Foy, plusieurs domaines ont vu un recul des maladies cryptogamiques, fruit d’un sol mieux équilibré.