Cas d’école médocains : ambitions, défis et premiers témoins
Dans le Médoc, terres d’exigence et de grands noms, la conversion bio s’observe à travers des trajectoires contrastées. Le Château Pontet-Canet, pionnier parmi les crus classés, a enclenché sa conversion dès 2004, au rythme d’un virage technique profond, entre biodynamie et maîtrise du soufre. Sa certification AB, obtenue sur le millésime 2010, a transcendé sa notoriété – mais la période de conversion fut l’occasion de doutes internes, de surveillance accrue et de risques agronomiques inédits, notamment face à la pression du mildiou en années humides.
Le Château Haut-Bages Libéral, autre référence de Pauillac, a ainsi franchi l’étape décisive en 2019, acceptant la réduction probable de rendement lors des premières années pour privilégier l’enracinement progressif de la vigne dans un nouveau cycle naturel. Le domaine, chroniqueur attentif de sa conversion sur ses réseaux, souligne l’importance du dialogue avec les équipes – et la nécessité de former vignerons et tractoristes à des gestes nouveaux.
Château Fourcas Hosten (Listrac-Médoc) illustre, quant à lui, la nuance commerciale de la conversion : s’il peut mentionner sur certains supports une démarche “en conversion biologique” au bout de la deuxième année, il doit attendre le millésime 2022 pour afficher la certification AB sur ses bouteilles. Les marchés nordiques ou britanniques, particulièrement sensibles à la clarté de ces informations, exigent d’ailleurs la preuve documentaire du certificat AB lors de chaque expédition.